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Pas mécontente que l'alphabet s'achève. La Reine des plumes (Asphodèle dans le texte) s'accorde quelques instants de répit. Sa semaine chômée sera suivie par MES quinze jours de vacances estivales (grandement méritées, trouvé-je). Donc, si je ne m'abuse : V, W, X... à la trappe = un texte en Y ? Je pense que je passerai mon tour :-(.
Le U m'a un peu désarçonnée :-(, je préfère très nettement les consonnes ... mais quand faut y aller ... and the 20 (pas moins) winners are :

utopique – unique – us – ubiquité – ustensile – urgent – usufruit – universel – utile – usuel – usine – usurper – ultimatum – uppercut – utérus – urbain – usé – union – utopie – uchronie

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Elle n’est pas bleue, n’est adossée à aucune colline et n’a jamais inspiré le moindre poème, la plus modeste  chanson. Elle n’a pas (ou plus ?) la prétention d’être unique. L’âge aidant, les illusions s’envolent, on devient raisonnable.
Sa naissance n'engendra aucun bouleversement notable. L'architecte en charge du projet n’avait pas œuvré des nuits entières, grattant fiévreusement des croquis, rêvant des plans utopiques jusqu’à l’apothéose : l’édification de son chef d’œuvre.
Bien avant que le clonage devienne un sujet brûlant, discutable et discuté, on lui a imposé des sœurs, jumelles ou si ressemblantes que cela en était gênant. Qui aime retrouver dans chaque individu croisé, son portrait fidèle en tous points ? Qui ne s’est inquiété de se voir accusé du don d’ubiquité par un quidam certain de vous avoir rencontré en tant d’endroits que cela en donne le vertige ?
Être remarquable, voilà bien une aspiration commune à tout individu capable de jugement. Souhait universel et ce, quels que soient les us, les coutumes et autres croyances des intéressés. Alors, soyons audacieux ... pourquoi refuser un tel ressenti aux objets inanimés ?

Belle ... Faut-il être amoureux pour lui offrir un qualificatif si glorieux ! Urbain n’a que faire des châteaux en Espagne et des villas sur la Riviera. Des demeures prétentieuses de ces bourgeois en recherche de légitimité qui ont oublié, dans leur quête insatiable, la fonction première d’un toit. Qui ont, depuis si longtemps, privilégié le futile à l’utile.
Urbain aime sa maison. Urbain est reconnaissant... Ce n’est pas exagérer que d’affirmer que ces quatre murs lui ont sauvé la vie. Une vie dont le récit aurait fait le bonheur de scribouillards en mal de papier à sensations.
Petite graine plantée par accident, né de l’union aléatoire de deux pauvres hères et abandonné sitôt sorti de l’utérus, giron si peu maternel, Urbain le bien (?) nommé grandit, devint ce qui était prévu dès sa conception : un homme au destin plus qu’hasardeux. Il est des étoiles et des fées comme du reste : le partage, en ce bas monde, n’est pas équitable.
Placé, déplacé, remplacé au gré de tâches débilitantes. Suite ininterrompue d’emplois subalternes et sous-payés qui le malmènent et le voient usé bien avant l’âge. Pas de rêve de grandeur (!), c’eut été une utopie que d’imaginer occuper un poste qui subviendrait à ses besoins les plus élémentaires.
Il était condamné, voilà la triste vérité. Appelé à ne fréquenter que les paillasses inconfortables des foyers pour indigents, les cuisines sordides où chaque résident mitonne son repas du soir dans des ustensiles pas même dignes du plus infâme brouet.
De telles conditions d’existence n’incitent pas à la tempérance. Urbain devint un fidèle des rades les plus glauques et s’acoquina bientôt avec de tristes compagnons qui l’entraînaient, le seuil de l’usine à peine franchi, vers ces lieux de perdition d’où le malheureux sortait aviné et souvent meurtri par un lâche uppercut.
De bonnes âmes en peine d’actions charitables et soucieuses d’assurer leur place au paradis s’émurent d’une situation pourtant relativement banale si ce n’est usuelle. Estimant qu’il était urgent d’intervenir (il n’est pas individu plus opiniâtre que celui fermement décidé à faire le bien), elles placèrent Urbain face à cet ultimatum : accepter son installation chez une veuve que l’on disait fort accorte ou se voir ouvrir les portes de l’asile -portes, on le sait, bien moins promptes à libérer un occupant qu’à lui offrir le gîte-.
Les persifleurs sont légion et trouvèrent, dans cet étrange arrangement, manne à se mettre sous les chicots. Qu’importe, l’affaire se fit et se fit bien : Urbain avait un toit et l’assurance d’une assiette toujours servie.

Les gens heureux n'auraient pas d'histoire ? Rosalie n’était pas femme de première jeunesse et son âge certain, aidé il est vrai par un méchant virus, la poussa un soir vers sa couche d'où elle ne devait plus se relever. Un notaire mandé au chevet de la mourante recueillit avec étonnement ? stupeur ? méfiance ? ses dernières volontés : l’usufruit de sa chaumière accordé à celui qu’elle avait sauvé et qui lui avait tant apporté en retour. L’estime de soi : y a-t-il plus beau présent ?
Urbain possédait enfin son nid, sa tanière, l’abri que tout être vivant est en droit de connaître. Cadeau de la vie, inestimable, inimaginable, acquis sans avoir eu besoin de tricher, d’usurper un rôle, un titre ... l’âme en paix, la conscience à l’avenant ...

Cependant, imaginez un court instant... si Urbain n’avait pas accueilli favorablement la proposition des dames patronesses, si sa soif de liberté, son refus de toutes contraintes avaient été les plus forts, si la menace même d'un internement n'était pas parvenue à lui faire entendre raison... tentez l’uchronie, réécrivez ce récit et envisagez les conséquences ...

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 Je crois que je vais boire pour oublier (ou me noyer, j'hésite encore)...