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J'ai la chance (parfois discutable) de posséder un sens olfactif très développé.
Qui n'est pas sensible, à outrance, aux odeurs, qui n'a jamais été incommodé par un parfum, des effluves à peine perceptibles ne peut pas comprendre.
Mon nez bionique me renseigne avant celui du commun des mortels. Je respire sans filtre, je "sens", toujours et systématiquement et, si cette sensation peut être agréable, elle n'est pas dénuée de désagréments.
Toute petite, déjà, lorsque je découvrais un lieu inconnu, mon museau frétillait comme celui d'un jeune chiot. On devinait, immédiatement, au grand dam de mes parents, si l'endroit me convenait ou s'il "sentait"(terme exact, rapporté par ma mère, extrêmement péjoratif dans la bouche d'une fillette de 2 ans, lorsqu'utilisé sans qualificatif). Ça sentait ou pas. Mieux valait que ça ne sente point...

Il y a du plaisir, cependant, à pouvoir humer à fond, en totalité. C'est ainsi qu'entre autres grands bonheurs, j'aime le parfum du cuir et que le simple fait d'ouvrir un bel objet de maroquinerie me fait entrer en transes.
 J'aime aussi l'odeur caractéristique des protège-cahiers en plastique, celle de la colle blanche, de la gomme rose et bleue. J'ai bu et je bois encore le parfum grisant du cou de mes bébés, celui de la petite nuque humide après la sieste.
Les pivoines et le mimosa m'agréent. Le lys, le lilas et la jacinthe, bien trop entêtants, n'ont pas droit de cité chez moi.
Mon nez est sensible, je le protège. Ne lui impose rien qui puisse l'indisposer. C'est une lutte de tous les instants mais je reçois tant en contrepartie.
C'est bon de pouvoir sentir à fond...

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