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On l'appelait "le petit chemin". C'était son nom à cette allée étroite, creusée entre deux haies touffues et arborées de gros chênes centenaires. Un joli nom qui lui convenait à la perfection. Qui s'opposait au "chemin de la rivière". Un nom que nous lui donnions sous le manteau et que seuls connaissaient les initiés.
Pour tout dire, il n'y avait que des initiés qui empruntaient le petit chemin. Ce chemin était une voie sans issue. On n'y venait pas par hasard.
Puis arriva "la route". Large (au regard de notre sentier), laide (si l'on en croit l'avis général), mal empierrée. Destinée exclusivement aux initiés susnommés, pourquoi la soigner ?
Elle sentait mauvais cette route, elle puait la ville et on ne voulait pas de cette ville que nous venions de quitter pour deux mois. Je dois, cependant, lui reconnaître cette délicatesse : elle nous abandonna les premiers mètres du petit chemin. Une sorte de mausolée, de réserve qui nous permettait de nous rêver sans attaches, loin du monde. Un cadeau involontairement accordé par des ingénieurs qui, aux errements d'une nature capricieuse, préféreront toujours une belle ligne droite.
La route que l'on ne pouvait éviter, à moins d'avoir une vocation d'ermite, nous menait vers la civilisation. Huit cent mètres et une première escale. Deux maisons qui abritaient une partie de notre nombreuse famille et cet engin merveilleux que nous, petits Parisiens, ne possédions pas encore. Le poste de télévision.
Il fallait bien une âme d'enfant pour éprouver du plaisir à se brûler les yeux sur un écran guère plus grand qu'un timbre poste et qui distillait ses images floutées avec parcimonie. Les adultes avaient renoncé.
Robert Dacier, John Steed, la belle Emma, héros d'un temps révolu, réjouissaient nos soirées et nous permettaient une ultime émotion : regagner nos pénates à la belle étoile. C'est à cette époque que j'ai compris ce que signifiait véritablement "nuit noire".
La torche vacillante que tenait notre père suffisait à peine à guider nos pas et c'est quatre silhouettes pressées et tremblotantes qui franchissaient, enfin, le seuil de la chaumière. Qu'il est doux d'avoir peur en bonne compagnie.

Plus de chemin. Une route liftée comme une poule de luxe. Réverbères et places de stationnement. Deux pauvres vieilles maisons perdues dans des lotissements sans âme aux cubes blancs et jardins ripolinés. Le progrès n'est pas toujours beau. Avoir eu ce rêve fou que ce coin de paradis demeure intouchable. Faut-il être naïf. 


Ce petit chemin qui sent la noisette
Ce petit chemin n'a ni queue ni tête
On le voit
Qui fait trois
Petits tours dans les bois
Puis il part
Au hasard
En flânant comme un lézard
C'est le rendez-vous de tous les insectes
Les oiseaux pour nous, y donnent leur fêtes
Les lapins nous invitent
Souris-moi, courons vite...

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