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J'ai longtemps écrit des textes en rapport avec mon enfance.
Les lieux, les personnes, les parfums... tout ce qui m'ôtait quelques 50 années de vie m'inspirait.
Je suis consciente que cette nostalgie peut lasser. Chacun a la sienne et celle du voisin au mieux indiffère au pire, ennuie. S'attendrir sur les jeunes années d'un inconnu n'est pas du goût de tous. Alors, nouveau grade aidant (mamie pour les non initiés), j'ai trempé ma plume dans un autre encrier. J'ai laissé de côté la fillette des années 60.
Mais c'est une obstinée cette gamine. Tout récemment et certainement pas par hasard -obstinée, vous dis-je-, j'ai découvert d'autres blogs. Des blogs qui pourraient être le mien, le plus souvent rédigés par de quasi jumelles astrales : ceci explique cela. Chemin faisant, j'ai retrouvé ces souvenirs d'une époque révolue où tout n'était peut-être pas aussi simple qu'il nous plait de le croire. La mémoire est trompeuse et nous restitue souvent ce que nous souhaiterions avoir vécu.
La blogueuse à laquelle je pense (et qui se reconnaîtra peut-être -encore faudrait-il qu'elle passe-) a écrit un fort joli texte inspiré par une photo familiale. Une de ces photos de vacances prises par un officiant du dimanche, maladroit, pressé, agacé par le vent qui décoiffe, le gamin qui se cure le nez et le cousin un peu trop gai qui chatouille sa voisine de pose.
J'ai eu envie de l'imiter. La photo n'est pas très nette. C'est un instantané pas un cliché d'art et le photographe était pressé de rejoindre l'assemblée.

C'est dimanche, ou alors un jour férié et carillonné d'été. Il fait beau, très beau, même. Nos tenues et nos yeux plissés face à l'objectif en témoignent. Je suis assise devant, sur un de ces fameux bancs que l'on ne trouvait que dans les salles communes de nos campagnes. Étroits, un peu bancals, le bois rugueux dans lequel ils avaient été taillés, gratifiaient nos cuisses d'échardes cruelles et niquaient les bas nylon des femmes des villes.
Je ris, la main sur la bouche, à côté de ma cousine récemment édentée. J'ai dû concocter une niche ou j'ai en tête une réflexion, une blague, une taquinerie qui amusera quelque temps la galerie. C'est ainsi : j'ai le boyau de la rigolade perpétuellement en mouvement. Petite fille solaire avide de bonheur. J'ai 5 ans et je sais que c'est vrai...
Ma grand-tante Mathilde a gardé sa coiffe. Son petit visage menu peine à montrer sa joie. Ne jamais trop se réjouir devait être son credo. Je ne crois pas avoir jamais entendu son rire. Ou alors juste un petit roucoulement discret, un chuintement vite réprimé. En face d'elle, sa fille qui sourit. Heureuse jeune maman... Et puis il y a Jean, François, Marie-Josèphe, François (!), Alban, Marie-Thérèse...
Sur la gauche de la photo, ma grand-mère et mon petit frère dûment chapeauté. Le soleil breton est traître...
Angèle est devenue une presque Parisienne qui ne revient au pays que le temps de longues vacances avec ses enfants et petits-enfants. Une dissidente. L'absence de coiffe, la robe claire à manches courtes et les sandales légères témoignent de son changement de statut.

C'était en août 61. Sur les 12 figurants, 7 ont disparu...