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À Peine souhaité, le voilà déjà Proposé à mes Pauvres Petits neurones ...
Le P, donc, Puisqu'il faut ainsi le nommer...
c'est Pas gagné...

Merci ASPHODÈLE

si j'osais : vivement le Q  index

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Lettre de Mademoiselle de C.
à Madame de V.


Paris, ce lundi 18 juin 1860

 

Ma sœur, mon amie,

 

Je devine votre surprise et n’ose imaginer votre affliction lorsque vous prendrez connaissance de ce courrier. Je tremble, ma belle amie, qu’à la lecture de ces pages toute l’estime que vous me portiez ne s’efface à jamais.
Que vous révéler que vous ne sachiez déjà ? Que dans le tréfonds de votre âme, vous n’ayez deviné ?
Je sais votre affection, à mon égard sans limites, et n’en ressens que plus de honte.
Est-il inexact d’écrire qu’à l’instant où vous le rencontrâtes, vous tîntes. Monsieur de S. pour un fieffé gredin ? Et si je ne craignais de vous heurter par un vocabulaire indigne, un margoulin de la pire espèce ?
Ne protestez pas. Notre attachement mutuel que vous vous plûtes à revendiquer dans votre lettre, cette osmose, ce partage de sentiments me permettent, à votre égal, de vous  percevoir bien au-delà des mots.
Ces dernières semaines me virent désespérée. L’ombrelle perdue n’était qu’une excuse fallacieuse destinée à parer une vérité bien plus triste encore.
La jeune personne que, dans votre bienheureuse  indulgence, vous qualifiez de pétillante, cette même enfant que vous considériez comme votre sœur chérie, n’est plus. Elle a perdu son âme et son innocence à picorer toutes les miettes d’une attention qu’elle désirait ardemment.
Accepterez-vous d’entendre mes doléances ? Ai-je encore le droit de justifier mes erreurs ? Toutes les bontés que vous m’avez manifestées, me portent à l’espérer.
Au jeu de la séduction, Monsieur de S. a démontré une redoutable persévérance et je fus faible, Léopoldine.
Il battit sa coulpe et touchée par tant de constance : je lui accordai mon pardon.
Les déclarations charmantes jusque là dispensées avec parcimonie, les attentions délicates dont je déplorais l’absence vinrent subitement poudrer d’or chaque minute de mon existence et, m’autoriseriez-vous une métaphore hasardeuse ? Comme le pollen féconde la fleur, transformèrent l’enfant ingénue en femme envahie d’un troublant désir.

Antoine (voyez cette familiarité que je ne peux me résoudre à abandonner) fut mandé au chevet d’une parente âgée victime d’une indisposition brutale. J’étais seule, désemparée dans cette ville qui m’apparaissait étonnamment hostile (n’imaginez pas que je veuille vous faire reproche de votre éloignement mais je tente désespérément de comprendre moi-même ce qui put engendrer une telle folie !).
Fin stratège (quel vilain mot, j’aimerais qu’il fût exagéré) Monsieur de S. me proposa de l’accompagner à Quétigny, me faisant l’éloge d’une campagne que je lui avais avoué connaître si peu, si mal …
Par je ne sais quel sortilège, les chemins poussiéreux, les prés à l’herbe grasse, la pluie qui d’ordinaire me fâche et me voit de fort méchante humeur me comblèrent d'allégresse. Ce que je redoutais, ce que je rejetais, ce que je méprisais m’apparut comme auréolé d’une grâce infinie ! Le doux sentiment que je sentais naître en moi et que l’on m’assurait réciproque m’emplissait de joie. J’étais heureuse, ô combien !
Nul ne lui étant obligé et n'ayant plus loisir à demeurer sur Terre, Eugénie de S. nous quitta la nuit suivante.
Toutes les obligations que requiert le départ d’un proche furent promptement acquittées et sans émotion superflue. Mademoiselle de S. n’était pas de commerce agréable. Elle laissait peu de regrets….
Quelques heures de grisante liberté s’offraient à nous avant ce retour vers une ville qui ne m’attirait plus et Monsieur de S. m’invita à les employer de fort agréable façon…
Soucieux de me satisfaire, A. ne savait que faire, que proposer (votre jugement sur ses ambitions sera plus sévère, je le crains !). C’est ainsi que je fus initiée, par ses soins, au vélocipède et que le lac de B. nous vit converser sur un pédalo. Connaissant la terreur que  m’inspire la moindre étendue d’eau, il m’est aisé d’imaginer votre étonnement.
J’eus la maladresse ? l’inconséquence ? de m’attendrir devant une portée de chatons tout juste sortis du flanc de leur mère. Que n’avais-je dit ! Un somptueux  Persan me fut offert séance tenante, accompagné d’une brassée de pivoines à peine écloses. Les orchidées que vous n’avez pas manqué d’évoquer (et ce, fort justement) ne semblaient plus convenir. Les effluves de putréfaction que parfois elles exhalent étant, et je cite ses mots qui me chagrinent d’autant, «indignes d’une si délicate personne».

Ma très chère amie, ma sœur, si je peine à conclure cette lettre comme j'ai tant tardé à vous l'écrire (mais en êtes-vous étonnée, vous qui avez trop souvent raillé ma tendance à la procrastination ?), c’est qu’il m’est douloureux de vous avouer que Monsieur de S. n’était pas le gentilhomme dont une jeune fille honnête peut rêver. Vous l’aviez si justement pressenti que ma crédulité m’est plus pénible encore !
Candide ? Naïve ? Sotte ? Peut-être, certainement …

Il s'en est allé et je me meurs.

Adélaïde de C.

 

***

Jeune_fille_en_pleurs_s_agenouillant_aux_pieds_d_une_statue_de_l_Amour

Jeune fille en pleurs s'agenouillant aux pieds d'une statue de l'Amour / Jean-Honoré Fragonard (?)

 

Les 18 mots qui m'ont causé bien du souci ...

Poussiéreux (se) – pluie – pré – persévérance – parcimonie – picorer -page – perdu(e) – pétillant(e) – procrastination *- pédalo – putréfaction – pollen – pardon – persan – pivoine – partage – poudrer.

* mot joker mais Adélaïde a des lettres et n'aime rien tant que le prouver ...smilie5