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Je m'accroche à la dernière voiture (c'est que c'est opiniâtre, ces petites bêtes là) et je me balade dans le jardin d'ASPHODÈLE afin de glaner les quelques mots imposés. Histoire d'O, les grandes eaux, ô rage ô désespoir ...
J'ai, une nouvelle fois, apprécié l'exercice ... vivement le P ...

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Lettre de Madame de V.
à Mademoiselle de C.

Les Ormes, ce vendredi 8 juin 1860

Ma très chère Adélaïde,

Nous étions à Noailles la semaine passée (il me semble vous avoir instruite de ce voyage ?) et lors d’un charmant goûter organisé à La Ribaudière, notre hôtesse me fit part de votre obsession quant à la perte qui vous afflige.
Connaissant l'attachement qui nous unit, cette osmose qui nous bouleverse encore et en étonne certains et s’affligeant de vous savoir dans la peine, Madame de M. me supplia de vous écrire sans plus attendre.

Permettez  à une amie sincère et dévouée de saisir l’opportunité de ce billet pour tenter de vous faire entendre raison.
Une ombrelle égarée serait la cause de vos tourments … Un oubli ? Une indélicatesse ? Un emprunt sans retour ? Je sais que depuis le jour où vous avez découvert la disparition de votre bien tant chéri, vous vous perdez en conjectures mais au nom de l’affection que je vous porte et que je sais réciproque, permettez moi d’être franche et de vous entreprendre sans détours : elle était bien ordinaire cette ombrelle... Oserais-je, sans vous blesser ? …fort quelconque. Et ce n’est point lui faire offense que de l’imaginer plus apte à protéger des orages que des rayons de l’astre divin.
Convenez en : la triste toile orange dont elle était pourvue ne seyait en rien à votre teint parfait et je me plais à croire que vous en étiez consciente puisque, lors de nos promenades dominicales, et alors que vos jeunes amies laissaient joliment tournoyer la leur, nous voyions plus souvent votre ombrelle pressée modestement contre votre sein que fièrement ouverte.
Certes, la tendre inclinaison qui vous portait vers Monsieur de S. n’est pas, ici, l’objet de ma critique et la tendresse et l’indulgence que je ressens à votre égard ne me permettent pas d’émettre le moindre jugement. Mais certains présents dont il vous couvrit ne méritent pas le chagrin, le désespoir que vous manifestez.
Gardez en mémoire le souvenir des poèmes oniriques que votre amant vous dédiait, soupirez en songeant aux aubades et aux odes dont il fit force usage mais, je vous en conjure, reprenez vos sens et ne déplorez pas ce qui n’est plus ou, plus justement, ne fut pas. Oubliez les serments mensongers, les grandes orgues, les brassées d’orchidées dont il jurait vous couvrir. Séchez cet océan de larmes que je devine et qui me peine.
M’autoriseriez-vous une quelconque familiarité ? Je vous avouerais alors, avoir pressenti l’imminence de ce chagrin. L’octave qui suivit les fêtes pascales vous vit triste et désemparée, bien loin de la félicité à laquelle peut prétendre une fiancée.

Cependant, s’il m’est aisé de comprendre votre désarroi, je n’imagine pas que vous puissiez avoir l’outrecuidance de prêter à votre vilaine absente, une valeur qu’elle n’avait pas, un tissu des plus rares, un manche en or ou une crosse en opale !
« Oh, objecterez-vous, très certainement offusquée, une offrande n’a pas vocation à se monnayer ou à paraître! ».
Je vous accorde ce reproche. Bien mieux, je le comprends et je vous prie d’accepter mes plus sincères excuses mais les années qui nous séparent (et qui jouent souvent en ma défaveur) vous donnent, en contrepartie, obligation d’obéissance.

C’est ainsi que je vous somme, ma très chère amie, de vous reprendre instamment et de montrer belle figure. Ne vous épuisez pas en vains regrets.
Me voyant désolée du chagrin qui vous touche et n’écoutant que son âme qu’il a généreuse, mon bon Estienne a proposé que nous écourtions notre séjour. Il m’agréerait de vous retrouver sereine et libérée de tout tourment.
Dans l’attente de ce moment qui ne saurait tarder, je vous embrasse bien affectueusement.

Votre amie dévouée

Léopoldine de V.



Les Ormes, ce samedi 9 juin 1860

Je bénis le ciel de n’avoir pu vous faire parvenir cette missive sitôt cachetée ! Bien que très affairé et ne ménageant pas son temps, mon frère de cœur, Aristide, nous a fait le bonheur de nous visiter. Il m’a confié (connaissant la faiblesse des femmes pour les colifichets et sur les conseils avisés de sa bien-aimée Marguerite) avoir passé commande d’ombrelles qui pourraient, j’en suis convaincue, vous plaire.
Nous sommes, de ce fait, conviées dans ce temple de la tentation, ce marché si justement nommé, afin de permettre à un joli pongé ou à un frais liberty de vous  distraire des désagréments dont vous fûtes la malheureuse victime.

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... et les 22 mots qu’il fallait placer dans le texte

or – opale -orange – osmose – ode – obligation – offense – oh – ordinaire – orage – opportunité – ouvert(e) – onirique – obsession – ombrelle – obéissance – oubli – octave – orgue(s) – océan – orme – orchidée.

 * L'ombrelle ensoleillée Jean-Gabriel DOMERGUE (1889-1962)
** Marguerite Boucicaut (belle-sœur de cœur de Léopoldine de V., elle-même amie très chère d'Adélaïde de C. ... etc etc ...) biggrin

 Pas facile l'Adélaïde ...