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Les mots imposés pour l’édition 41 de Des mots, une histoire sont :
parachutiste – flacon – humeur – éléphant – breloque – temps – encre – saut – champ – potager – miel – éternuer – traumatisme – fragrance – flou – mots – piquer – amoureux – effluves – rire – étreindre – astre – java

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"Quoi qu’il se passât par la suite, quelle que fût la direction que prit sa vie, John Steele ne devrait jamais oublier cette nuit de juin où, à l’instar de nombreux autres parachutistes américains, il fut largué au dessus d’une petite ville normande :
Sainte-Mère-Église.
Erreur humaine, problème de pilotage dû à une nuit d’encre et un temps venteux qui fit piquer du nez le C-47, avarie ?
On ne connaîtra jamais l’exacte vérité. Ce dont on est certain, c’est que ce parachutage devait avoir lieu dans la campagne avoisinante, les champs et potagers alentour étant censés offrir des pistes de réception plus adéquates qu’une place de village …
Ces jeunes Américains n’en étaient pas, loin s’en faut, à leur premier saut. Militaires aguerris, ils étaient prêts à combattre vaillamment et libérer un pays, jusqu’à ce jour inconnu de la plupart d’entre eux, du joug de l’oppresseur allemand.
L’accueil réservé par l’occupant à ces courageux soldats fut à la mesure de la mission.
 Mis en joue et abattus sans hésitation, ils tombaient comme des feuilles.
Jamais leurs pieds ne fouleraient la terre de cette France dont la douceur de vivre, disait-on en Amérique, était comparable à celle du  miel.
  Dans les rangs allemands, l’humeur était joyeuse et des rires fusaient. L’opération fomentée par les Alliés semblait bien loin du succès.
En quelques minutes, la petite place de Sainte-Mère-Église offrit un spectacle de désolation pour ne pas dire d’apocalypse. Les corps des sacrifiés jonchaient le sol de ce qui était encore, quelques instants auparavant, un paisible village.
Bien plus tard, certains habitants témoins du carnage osèrent une comparaison qui, si elle était hasardeuse, avait le mérite d’être explicite : un éléphant dans un magasin de porcelaine, n’aurait pas fait plus de dégâts.

Une poignée d’hommes survécurent à ce massacre. John Steele fut de ceux là.
Dévié par un vent violent, le parachute de John l’avait entraîné sur le clocher de l’église où il restait accroché, suspendu par une fragile bretelle, offert, telle une cible humaine.
Le traumatisme, consécutif à sa chute, rendait sa vision floue et l’empêchait d’appréhender clairement son environnement. Seuls lui parvenaient quelques effluves âcres que dégageaient les maisons calcinées ...

"… John sait qu’il ne peut se permettre aucun mouvement, aucun bruit. Ne pas se laisser aller à geindre, ne pas tousser, ne pas éternuer ...
Des images d’un bonheur qui appartient déjà au passé, défilent devant ses yeux : Métropolis, sa ville, les grands champs de maïs à perte de vue, le lilas en fleur qu’en amoureux attentionné, il ne manque pas d’offrir à sa Belle. La douce fragrance qui émane de ces belles grappes blanches et violettes.
Dans sa poche, une photo, dédicacée de quelques mots que l'on devine hâtivement tracés et une petite breloque, fragiles porte-bonheur offerts par sa girl-friend avant le grand départ …"

Ce soir là, ils étaient sortis. Quelques heures dans un dancing. Quelques heures pour s’étourdir. Mais, ni les pas de java ni les nombreux flacons de bourbon n’étaient parvenus à leur faire oublier l'inévitable séparation et les adieux avaient été déchirants …

"... John se remémore ces moments, les retient, les savoure, caresse le joli visage de son Amour. Qu’il serait bon de pouvoir l’étreindre une dernière fois …"

Sirènes, claquements des bottes sur les pavés, cris, épouvantable cacophonie …

"L’astre suprême apparaît alors, victorieux, sûr de son fait, inconscient et indifférent à la folie des hommes".

À ce même instant, et comme un présage, John Steele était fait prisonnier …"

Sainte-Mère-Église 5/6 juin 1944

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Par respect pour ceux qui ont vécu cette période, je n'ai pas pris trop de libertés avec l'Histoire. John Steele a réellement existé. Il était l'un de ces valeureux soldats américains qui débarquèrent sur les côtes normandes en juin 1944. Son nom est resté dans les mémoires suite à son arrivée épique sur le clocher de Sainte-Mère-Église.

Je viens de faire un constat étrange : les textes que je rédige, accompagnés de leur cortège de mots imposé, ne sont pas vraiment gais (doux œuphémisme). J'en suis la première désolée. J'ai pourtant essayé ... très sérieusement essayé ! L'éléphant m'avait inspirée et j'avais imaginé écrire une histoire pour enfants mais il faut bien avouer que c'est encore raté malheureux . La prochaine fois peut-être ?

Bon week-end

illustrations empruntées sur le Net