Si le premier souvenir est important (et que celles qui ont participé à mon petit défi ? challenge ? ... travail de mémoire tout simplement, en soient remerciées), la première école, ne l'est-elle pas tout autant ...
importante ?
Grâce à elle ou à cause d'elle, selon ce qu'elle nous aura apporté ou ce que nous y aurons subi, dépendra notre amour ou notre dégoût pour l'étude ...

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De mon école, il ne reste que des souvenirs, des bruits un peu confus, des odeurs ... D'elle, je n'obtiendrai plus rien ...
Le bâtiment fut démoli l'année suivant mon départ (craignant que mon imagination ne me joue quelque tour à sa façon et enjolive les faits, j'ai procédé à de sérieuses investigations) ... hasard, destinée ? La vieille bâtisse ne respectait plus (en admettant qu'elle les aie connues un jour) les règles de sécurité les plus élémentaires ... En réalité, je crois que les faits sont tout autre : j'étais partie, elle en est morte :o). Que l'on me taxe de mégalomane : j'assume.
Ainsi, mon école n'offrirait plus le savoir à d'autres écoliers ... (pour être tout à fait honnête, un établissement fut immédiatement construit sur ses ruines, flamboyant, rutilant, portant le même nom, nichant à la même adresse : qu'importe, ça ne compte pas, ce n'était plus pas mon école) ...
La cage d'escalier, immense et angoissante pour qui souffrait du vertige, les marches au bois ciré et bien glissant, les couloirs où l'on ne passait pas à deux de front, les classes chauffées par un vieux poêle n'offraient peut-être pas tout le confort souhaité mais que j'y ai été heureuse !!!

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Une rue passante à Paris ... une petite porte se découpe sur une façade austère ... voici  l'entrée de mon école, voici le Paradis.
De cet endroit de félicité, elle porte le nom  : Les Saints Anges ...
L'allée qui mène à la grande cour est pavée de gros moellons de granit et les mamans râlent un peu car leurs talons aiguille n'apprécient pas les ornières. Nous, on s'en fiche : nos sandales, nos bonnes petites baskets bleues et blanches (!)  ou nos grosses chaussures d'hiver en poils de phoque se rient de tous les obstacles.

Immédiatement à droite, la buanderie. Des volutes de fumée, vapeur, parfum de lessive chaude s'échappent continuellement de ce lieu magique où officient des religieuses aux manches retroussées, les bras musclés, rougis par ces travaux d'un autre âge. Les "Soeurs" en habit civil n'ont pas droit de cité : les visages ruissellent sous la coiffe et le voile empesé ...

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Au premier étage, 2 ou 3 salles de classe et une jolie petite chapelle. Parfois et seulement si nous sommes accompagnées, il nous est permis d'emprunter l'étroit escalier qui mène au grenier ... un vrai grenier qui sent le renfermé, paradis des araignées et de quelques souris . Un grenier empli de malles, de vieux jouets ... un terrain de jeux pour les jours sans soleil ...

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Sans précipitation et en s'inclinant respectueusement lorsque l'on croise une enseignante, on parvient dans une seconde cour. Pour ce faire, il nous faut emprunter un couloir obscur qui dessert les 2 classes des "Petits". Dans une des salles, trône une grande cage, des tourterelles y habitent. J'ai gardé, dans l'oreille, le roucoulement de ces beaux oiseaux ...
Quelques marronniers, comme toute bonne cour qui se respecte, des "cabinets" : "tu me tiens la porte ?" mais, et surtout, merveille des merveilles, un jardin extraordinaire, feuillu, fleuri, un fouillis d'herbes folles, un potager qui permet aux religieuses de consommer des légumes  et des fruits frais ... des poules, des lapins.

Un carré de pelouse d'herbe à vaches nous accueille lors des chaudes journées printanières et nous permet de profiter des derniers jours de classe en toute quiétude (quel bonheur : choisir dans son coffre à jouets, un baigneur, une poupée, des jeux et les apporter à l'école "lorsque les dés sont jetés" et que l'on connaît le résultat de notre année laborieuse) ...

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L'établissement avait, depuis sa fondation au 19ème siècle, une fonction de pensionnat. Des élèves résidaient à la semaine. Les externes dont je faisais partie lorgnaient les goûters qui leur étaient offerts : du pain sec, une pâte de fruit, une tablette de chocolat, un fruit .... Bien meilleur, très certainement, que la ficelle fraîche, généreusement beurrée ou le petit pain au chocolat qui m'attendait à la maison !

  Mes parents n'avaient pas la même notion du beau et du solide que moi ... Dommage ! A ces 2 cartables somptueux en cuir grainé qui avaient dû exiger de leur part, économies et sacrifice et qui m'ont suivie durant toute ma primaire, j'eusse préféré une sacoche en "simili", en plastique un peu clinquant et munie de nombreuses fermetures à glissière comme en possédaient Brigitte, Josiane et Patricia. Et leurs trousses, assorties, étaient tellement plus "mode" que la mienne !

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Je ne me souviens pas avoir soumis une liste de fournitures à mes parents, comme mes filles le firent bien des années plus tard !
Je me revois, pourtant, arpentant les rayons de notre "Prisunic", rêvant devant les étals qui nous proposaient des piles de protège-cahiers multicolores (ce parfum de plastique !), des double-décimètre, rapporteurs, équerres  et autres critérium...
J'ai en mémoire tous ces chers objets que contenait mon cartable ...
... Un porte-plume (d'une forme un peu spéciale et que je n'ai jamais, malgré d'âpres recherches, retrouvé : une sorte de butoir (?) permettait au majeur de s'appuyer sans toucher la plume) ... Mon porte-plume était d'un joli vert marbré, son extrémité , mâchouillée témoignait des nombreuses heures de réflexion qu'il m'avait fallu fournir ...
Des crayons de couleur "Caran d'Ache" ou "Baignol et Farjon", une gomme rose et bleue "Mallat" bien plus efficace que celles en plastique qui ont suivi ...Un petit pot de colle "Adhésine" au délicieux goût d'amande et dont le contenant se parait de couleurs acidulées ...
Une ardoise encadrée de bois. Plus fragile que ses vilaines soeurs en carton entourées de plastique mais tellement plus agréable à l'usage. Elle était accompagnée de la petite éponge, bien tapie dans sa boîte décorée d'un dessin en relief (je me souviens d'une tête d'éléphant rieur !) ...

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Les premiers stylos à bille nous ont ravies. Plus d'encre violette dans sa bouteille au long bec, plus d'encriers renversés, plus de pâtés, plus de crissements et de papier arraché ... plus de risque d'oeil crevé. Les plumes en acier sont des armes redoutables et nous avions toutes un petit bouchon de liège fiché sur la pointe...

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L'heure de la sortie, "l'heure des Mamans" nous voyait courir vers le portail, heureuses de raconter toutes les péripéties qui avaient jalonné l'après-midi.

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Le goûter à la main, je jacasse comme une pie : "oui, j'ai bien travaillé. Non, je n'ai pas été (trop) bavarde. Evidemment, j'ai quelques devoirs et leçons pour demain". Pas d'inquiétude, ceux-ci seront vite expédiés avant les derniers jeux sur le trottoir ... et demain, je serai prête pour une nouvelle belle journée ...

7 années de bonheur ...

Et vous ? votre première école ?