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J'avais 4ans 1/2 et je venais de connaître mon premier grand bonheur  :  la naissance d'un petit frère.
A cette époque ( il y a fort fort longtemps),  les accouchées restaient une dizaine de jours à la Maternité.
Maman et Bébé ne quittaient les services hospitaliers qu'une fois le poids de naissance reconquis. L'ictère du nouveau-né n'était plus qu'un lointain souvenir et la petite famille pouvait regagner ses pénates,  non sans avoir été pourvue du "Manuel de route de la Maman Parfaite" : un bébé mange à heures fixes,  il ne faut pas le prendre dans les bras s'il pleure sans raison (?) sous peine d'en faire un capricieux et surtout,  surtout,  il ne doit pas sucer son pouce...
La célèbre  Laurence Pernoud et son non moins célèbre  "J'élève mon enfant" n'allaient pas tarder à faire leur apparition.
Pour une première naissance et quand tout se déroulait bien ,  pas trop de problèmes.  Les papas d'alors prenaient leur mal en patience. Mangeant sur le pouce et ignorant la poussière sur les meubles.  Presque un retour à leur vie de célibataire avec,  en prime,  la joie de retrouver chaque soir ,  après une dure journée de labeur, leur tendre moitié et leur Petit prince ou leur Petite Princesse (voire les deux pour les plus chanceux), reposés, frais et pimpants entre les draps non moins frais de leur lit d'hôpital.
Moins évident lorsque le nouveau-né arrivait en deuxième,  troisième.......position.
Ma Grand-Mère maternelle que j'adorais était présente et mon petit Père pouvait partir travailler l'esprit serein...
Je me revois,  préparant le  lit en bois rose afin qu'il puisse accueillir dignement son futur nouveau petit pensionnaire : draps brodés,  peluche sur l'oreiller.. .Rien ne me paraissait trop beau,  je l'attendais avec une telle impatience ce bébé !
C'est à cette époque aussi que de nombreux magasins ont commencé à offrir de superbes (!) ballons de baudruche pour  l'achat  d'une paire de chaussures (par exemple) ... c'était la "réclame" et pas encore la pub.  Combien d'enfants étaient prêts à accepter n'importe quelles galoches aux pieds juste pour obtenir ce précieux cadeau !
Mon petit Père a été un '"Papa Poule"  avant l'heure.  Ne rechignant pas à changer les couches,  donner le biberon  (ça, c'est ma petite Maman qui me l'a dit),  nous emmenant au marché,  faire des tours de manège,  sur les quais de Seine pour de longues promenades (ça je m'en souviens)...
Ce jour là avait dû être un achat "chaussures".  Peut-être pour aller chercher Maman et le Petit Frère à la clinique ?
Arrivés devant la porte cochère de notre immeuble,  un méchant coup de vent me fait lâcher la précieuse ficelle de mon beau ballon.  Petit Père court,  saute,  sans résultat et le jouet gonflé à l'hélium s'envole...
J'ai commencé à pleurer (pas des pleurs de caprice,  non,  du reste je pleurais rarement )... de ces pleurs qui se terminent en sanglots avec les grosses larmes qui coulent.
Mon pauvre papa désemparé,  ne sachant que faire pour me consoler,  promet de m'acheter un ballon beaucoup plus beau,  une poupée peut-être ?
Pouvais-je lui dire à mon petit Père que ce n'était pas le ballon perdu qui me causait ce gros chagrin.... je l'aimais mon Papa mais le temps me semblait long et je voulais juste que Maman revienne.
L'expression que je ne connaissais évidemment pas "la goutte d'eau qui fait déborder le vase" se vérifiait alors...

Et je me souviens parfaitement ne pas avoir voulu révéler la vraie raison de mon chagrin à mon petit Père.  Cette même raison qui fait que l'on a tellement peur de ne pas montrer assez de joie quand on vous offre un cadeau :  la crainte de blesser celui qui est en face de vous et qui a fait de son mieux et qui ne peut pas faire plus...
Dans ma petite tête de 4 ans,  tout cela n'était pas très clair.  Ce n'est que bien des années plus tard que j'ai su raconter cette anecdote à un papa ému mais qui n'en avait pas gardé le moindre souvenir.
Il ne faut pas se moquer des chagrins d'enfant même s'ils nous paraissent anodins à nous adultes...

Où vont les ballons, les ballons rouges et ronds
Lorsque les enfants ont cassé leurs ficelles
Où vont les ballons, les ballons rouges et ronds
Qui s'envolent un jour au dessus des maisons

Jusqu'en Hollande, en Finlande
Jusqu'en Irlande, ils s'en vont

Musique Michel Legrand
Paroles Eddy Marnay

papa_m_m__moi

Douce journée à tou(te)s...